Surprise en septembre, dans la programmation du théatre, un nom qui me renvoie à mes annèes d'étudiante, à l'insouciance de ce temps où le monde vous appartient, âge de toutes les sensations, où rien d'autre ne compte que tester toutes les expériences ou presque : L'égèrie des Stones, à la grande époque de folie du Swinging' London ; j'étais jeune à l'époque, et du fond de ma province, je me sentais alors diffèrente et j'étais fière d'aller acheter, dans le seul dépôt de presse qui le vendait, Libération, que l'on devait réserver, car ils n'en avaient que quelques exemplaires . Lorqu'on allait le chercher, le buraliste le sortait de dessous le comptoir avec des airs entendus, j'avais 17 ans .
Puis j'ai fait connaissance avec le magazine Rolling Stone, quasi inconnu alors en France, pendant mon sèjour au pair aux Etats-Unis, à long Island, N.Y state . Et là, j'ai tout su sur les artistes de la scène internationale de l'époque, et donc aussi sur Marianne Faithfull ; autre époque, autres moeurs, comme dit la formule consacrèe .
Et là, hier soir, du fond de cette autre ville de province où il ne passe presque jamais rien, j'atais assise juste en face d'elle sur scène, assez prêt pour bien voir ses expressions, la bonne distance pour ce moment qu'elle a rendu si personnel .
Décor minimaliste, trois musiciens brillants et sympathiques, dans le sens où ce sont de vrais musiciens, aucune frime, ni rien à prouver, juste jouer, et leur plaisir d'accompagner cette grande dame, une vraie complicité avec elle, surtout Barry Reynols, guitariste qui joue aussi de l'harmonica .
Et cette femme, qui a tant vécu, qui se bat aujourd'hui contre un cancer, ( le concert devait avoir lieu en octobre, mais elle avait alors annulé sa tournée ), elle était là, émouvante, si proche, avec ce merveilleux sourire qu'elle adressait si souvent à la salle, avec cette voix rocailleuse et belle, au phrasé si particulier, si chaude dans les ballades ,et qui, d'un seul coup, savait monter en intensité pour libèrer l'énergie encore présente de cette femme si intense .
Le plaisir de chanter était là, avec des moments émouvants, quand elle a dit " its nice to be here and to sing for you " , et qu'elle avait des larmes à un moment en chantant .
Une heure et demi de concert, qui s'est terminé par " as tears go by ", et là, dans la salle, où beaucoup de baby-boomers étaient présents, une émotion de plus, pour tous ces gens qui devaient alors repenser à leur jeunesse et tous les espoirs d'alors .
Ovation debout de cette salle généralement froide et policée, pas question de trop manifester son enthousiasme, nous sommes entre personnes de bonne compagnie, devant une scène nationale . Mais, ironie de la vie, l'enthousiame le plus bruyant a été manifesté par des ados de collége, venus en groupe avec leurs profs, et qui, la veille ne connaissaient même pas son nom .
L'amie qui m'accompagnait, trop jeune pour avoir vécu les années 70, était sous le charme, elle m'a demandé de lui préter des disques d'elle .
Cette femme, avec ses félures qui passent dans l'émotion de sa voix, était superbe, de retenue toute anglaise, avec son thé posé sur le pupitre où se trouvaient les paroles de ses chansons ; parfois elle chaussait ses lunettes, qui lui seyaient si bien, pour jeter un oeil sur les paroles de la chanson en cours, et elle les enlevait aussitôt, coquetterie d'une femme encore très belle dans son ensemble noir virevoltant autour d'elle quand elle esquissait quelques pas de danse .
Nous étions tous sous son charme, et je me disais, pas étonnant qu'elle ait été aimé par tant d'hommes singuliers, elle l'est elle, si particulière, mélange de douceur et d'énergie pure .
Rien à nous prouver, elle est elle-même, avec les blessures de sa vie, cette intensité en chantant " Guilt", et ce moment si unique lorsque, qu'au rappel, elle chantait, dans le dernier morceau : " so, i have cancer, so what, i don't care, juste love me ..." .
En sortant, on se dit que cette femme, juste en étant elle-même, nous dit que la vie est là, no matter what, and just trust in yourself, no matter who and go on, and on, in your life .
Merci Marianne Faithfull pour ce beau moment que vous nous avez donné, par votre présence parmi nous .