vendredi, 29 janvier 2010
L'attrape-coeur..
Seize ans, la librairie Frémont, près du collège, juste pour l'odeur des livres, pour pouvoir les toucher, celui-ci peut-être, ou celui-là, oui, il a un joli titre, l'attrape-coeur....Pff, faut que je me dépéche, il est dèjà six heures et demi, ma mère va me tuer, et j'ai pas fait mon anglais pour demain, et il faut aussi revoir mon piano, y'a examen samedi .
La porte chaussée...que j'aimais aller aux cours de musique quand l'école de musique était encore installée là ...gravir l'étroit escalier en colimaçon, s'arréter pour regarder la Meuse tout en bas, étourdie de tant de hauteur contemplée, grimper, grimper encore, et espèrer le croiser, lui, dans cet escalier si étroit que l'on serait obligés de se frôler, frisson merveilleux rien que d'y penser...Dommage qu'ils l'aient fermée, trop dangereux ils disent...
Vite, vite, je vais me faire engueuler... Oui, je sais, je suis en retard, mais je suis passée chez Frémond, pour mon livre de français, on doit lire Sartre, les Mouches, çà s'appelle, oui, oui, je te rend la monnaie ; et j'ai aussi acheté un autre bouquin, mais avec mes sous, l'attrape-coeur çà s'appelle, de Salinger, un américain,çà a l'air bien ... Mais oui, je peux le lire, c'est de la li-tté-ra-tureeee,ils me l'ont vendu, donc je peux le lire ! Ouiiiiiii, je fais mes devoirs d'abord, oui, oui, je sais, et mon piano ...elle m'énerve à toujours me dire ce que j'ai à faire !
Devoirs expédiés, piano....j'adore ce morceau...sonate au clair de lune....tout un programme...attaquer doucement.... caresser les touches....les yeux se ferment ... je joue pour lui....rien que pour lui...je porte une longue robe blanche... en organza....j'aime bien ce mot.....légéreté....pureté....il fait italien ce mot en plus.....il est pour moi.... ; bon, on se concentre.....je joue pour toi.... et tu ne le sais pas.....j'imagine ton regard dans le mien... tes lèvres s'approchant des miennes.... mes yeux se ferment.... andante....les larmes arrivent..... je suis avec toi.....flûte.... je me suis trompée.....je recommence.... concentration ....
Bon, ben voilà... il est parti mon rêve....deviendra-t-il réalité ? Ca m'étonnerait, il ne sait même pas que j'existe, il n'a d'yeux que pour Evelyne, pff, c'est normal, elle a le droit de se maquiller, elle, et elle a aussi le droit de mettre des collants !! J'ai pas l'air con avec ma mini-jupe et mes chaussettes qui montent jusqu'aux genoux !! Je veux des collants !! M'en fous si elle veut pas m'en acheter, je les achéterais avec mes sous !
Ce soir, avec ma lampe de poche, sous les couvertures, je commencerais mon livre.... l'attrape-coeur...
Qui attrapera mon coeur ...??
Toi ....?
Nota : pour Salinger...., pour une jeune femme de 36 ans qui a décidé que la Seine...., et pour Val .
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mercredi, 27 janvier 2010
Jour de marché, opus no.1 part 2.
Il fait froid malgré le soleil d'hiver qui essaie maladroitement de réchauffer les doigts gourds des chalands . Chacun est précédé de son petit nuage personnel de buée, comme autant de petites bulles, celles qu'on voit dans les B.D, il manque juste le texte, il suffit juste d'imaginer ...
Momo est en encore en train de monter son stand, problèmes pour démarrer le camion ce matin, et en plus il a fallu gratter .
La vieille dame de la rue des récollets chemine à petits pas prudents, le dos vouté par les années, perdue son manteau élimé, trop grand pour son corps fatigué . Elle s'arréte pour souffler un peu, son regard si clair ne se fixant sur rien en particulier, un regard en dedans d'elle , dèjà ...
Des étals colorés, comme autant de bouquets plus ou moins adroitement assemblés ; les choux font la conversation aux carottes et aux navets ; par contre ils ne comprennent rien au langage des aubergines et autre courgettes, venues de pays si lointains, brinqueballées dans des camions rafistolés, peu soucieux de la couche d'ozone, ni des points-carbone ; tout un voyage avant d'être frigorifiées par le froid de ce pays dont elles ne comprennent pas la langue, tatées, soupesées, avant de finir leur vie, plongées sans ménagement dans une eau frémissante afin de donner l'illusion à des estomacs affamés que l'été est bientôt là ...
Dans un coin de la halle, toute seule, il faut savoir la trouver, la boulangère qui fait de si beaux et bons pains aux graines aux noms enchanteurs, promesses de voyages lointains ...
Et il ya aussi Gé, le maraîcher bio., qui n'est pas là en ce moment ,car c'est l'hiver, et son jardin est vide, c'est la pause hivernale, la terre se repose, sagesse venue des temps lointains, où l'on savait encore respecter Gé ....
Surtout ne pas oublier de faire un crochet pour acheter un bouquet de mimosas, c'est la saison....
Et ne pas éviter Jo, le vendeur du journal des sans-abris, avec son visage défait par les galères accumulées, un peu timide, bonjour à vous, merci pour la pièce ma petite dame, et bonne année !!
Repartir au chaud, les narines chatouillées de senteurs... le pain encore chaud, la menthe pour le thé...
Et avoir dans l'esprit le regard de la vieille dame de la rue des récollets, en dedans d'elle, loin.... si loin ....
13:10 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
samedi, 23 janvier 2010
Jour de marché . Opus no 1.
Camel d'un samedi matin où l'on s'étire longuement dans son lit, où l'on prend le temps de révasser, bien au chaud sous la couette, l'odeur du café dans les narines...Par la petite fenêtre du troisième, sous les toits, un rose tyrien embrasse le ciel ; annonciateur d'une belle journée ?
Dans la rue, en bas, devant la halle baltardienne,le remue-ménage... " Salut Gilbert !! Fait frais ce matin, hein ? Ouais, ouais, je me dépèche, je décharge encore çà, et je te laisse la place " " Alors Michel, il est frais ton poisson, t'as bien amarré ton chalutier ? y z'annoncent force cinq dans les vignes !! " " C'est çà, rigole !! Encore une comme çà, et tu vas voir où tu vas les avoir tes rougets pour midi !! " " Bonjour La Chantal !! Toujours aussi fraîche et appétissante !! On en mangerait ! Tu me gardes une belle poule ? Je la prendrais avant de partir . "
Et çà s'interpelle, çà rigole dans la halle ouverte à tous les vents d'hiver ; les premiers clients arrivent, les plus matinaux, ceux qui se sont toujours levés tôt, parce qu'il faut bien aller au boulot, même si aujourd'hui y-z'ont plus de boulot, parce que le temps a passé,et qu'ils z'ont fait leur temps, et qu'ils z'ont tout le temps, tout ce temps à occuper, désormais ; mais le samedi , c'est bien d'aller au marché tôt, c'est mieux, ya moins de monde, on est pas bousculés, et ya encore tout le choix, et après on est tranquille .
" Bonjour Madame Guillot !! ça faisait longtemps .. Alors la santé ? Ah bon .. vous étiez à l'hôpital ?? j'ai pas su !! Il faut dire que je sors pas beaucoup ces temps, avec mon genou .. Oui, oui, çà va mieux .. Et vous alors ?? Aie !! çà pardonne pas, le col du fémur !! Ah !! Obligée d'avoir une canne désormais ?? Remarquez, au moins ,vous vous sentez plus sûre .. Bon, je vous laisse, sinon, je cuirais jamais mon pot-au -feu pour midi !! Le bonjour à votre mari ! " .
Les bruits montent jusqu'à la petite chambre mansardée ; c'est samedi matin, c'est jour de marché . On va y aller....
On va prendre son panier, celui fait par Ratoune, le préféré, çà suffira pour aujourdh'ui, faut pas grand chose..des citrons pour le tzaziki de ce soir, pour amener chez Séverine, à l'annif' d'Ibrahim ; oui, bon, c'est pas la saison, ils viennent de chez pas où ces concombres d'hiver, pff!! Bravo l'écolo bio !! Oui, bon, mais ils sont bios mes concombres, ; et les potes, ils z'adorent mon tzaziki, et j'ai une excuse, c'est pour l'annif' d'Ibrahim !! Par contre, pour trouver de l'aneth fraîche, çà va être coton ! Tant pis, on se rabattra sur du congelé, ce sera bon quand même avec l'aïl du jardin bio de maman . Faut quoi encore ? Ah oui !! des pommes pour la tarte Tatin de demain, çà fera plaisir à Alex, il en mange pas de la comme çà à l'internat !! Avec la côte de boeuf de Ratoune, de la viande bio de chez bio, elles mangent pas n'importe quoi les jerseyaises de Ratoune, toujours aux prés, et l'hiver aux gratons bios, miam, on va se régaler !! quelques rates du Touquet bien roëisties à côté, un bon petit Bourgogne du côté des fagots, et hop !! elle est pas belle la vie ?
Ne pas oublier Télérama et le Monde du samedi, un petit café au Red, en terrasse s'il ne fait pas trop froid, les copains vont passer, en allant ou rentrant du marché, on pourra cloper en paix ,et hop, une matinée sympa de passée . On se voit ce soir chez Séverine , ouais, on a le cadeau, c'est Séverine qui a payé ...Cette aprém' ?? sais pas !! Soldes et/ou piscine, on verra ... Ok , à ce soir ...
C'est samedi matin, c'est jour de marché .
10:20 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (6) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : écriture, de tout et de rien, textes courts, journal intime, femmes
Zebekiko
Les soirs où le coeur est trop lourd
Que la retzina du tonneau coule dans les veines
Il suffit de se lever
Au son du zebetiko
Pour danser
Danser encore
Seul dans sa nuit
Pour oublier
Un instant
Un instant seulement .
Remarque : Merci à Dornac, pour m'avoir fait découvrir cette vidéo et les informations correspondantes : " tu es là-haut.." .Le danseur est le poéte grec Dimitris Hirsitodoulou ,et dans l'assistance, attablé, se trouve un autre poéte, un des plus grands auteurs grecs, Yannis Ritsos .
07:50 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (5) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : de tout et de rien, musique, textes courts, écriture
mardi, 19 janvier 2010
Valse triste
La tristesse recèle aussi la beauté....
11:32 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : musique, écriture, blog, de tout et de rien, textes courts
To papaki .. I agapi tha se vrei opou kai na 'sei
" L'amour te trouvera où que tu sois ... " Haris Alexiou .
TO PAPAKI . ( Le caneton )
J'ai un petit canard... qui me fait ..pa..
Qui me fait... pa.. pa... pa .
Et un petit lapin qui n'arréte pas de couiner
qui n'arréte pas
De me couiner aux oreilles .
Et je me fiche complétement...
Si toi tu passes...
Et ne me reparles plus . ( bis )
Peut-être reviendras-tu
Quand je ne serais plus
Quand j'aurais disparu .
Et qu'ils m'auront enterré
Quand j'aurais...
Quand j'aurais dépéri .
Puisses-tu t'en ficher complétement
Et que tu t'y habitues...
Et que tu t'y habitues toi aussi . ( bis )
11:29 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : musique, écriture, de tout et de rien, textes courts
dimanche, 10 janvier 2010
Emmanuel Cabut dit Mano Solo est mort ....
Tristesse .....
18:45 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note
lundi, 04 janvier 2010
Xronia polla .
Une nouvelle année qui commence ....
Qu'elle voit se réaliser vos voeux les plus chers
Et merci à Vous qui me lisez
Et m'encouragez
A poursuivre le chemin des mots .
10:24 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note
mardi, 22 décembre 2009
La femme de papier .
Elle aurait pu être cet homme élégant, en costume blanc, une canne à la main, déambulant dans les rues de Venise, éperdu de la beauté du jeune Tadzio .
Elle aurait pu être la jeune femme de Breaking de Waves, entière et passionnée, brisée à jamais par l'aveuglement des hommes aux pensées étroites .
Elle aurait pu être la femme d'Intimité de Chéreau, rejoignant dans une chambre sordide un homme sans nom, pour des étreintes désespèrées .
Elle aurait pu être la mère presque aveugle de Dancing in the Dark, acculée au pire par amour pour son enfant .
Elle aurait pu être Sophie, dont le choix indicible l'a brisé à jamais .
Elle aurait pu être Adèle H., Camille Claudel ou encore Maria Callas .
Elle aurait pu être tant et tant d'autres encore...
Mais elle n'est qu'une femme de papier .
09:54 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : textes courts, écriture, femmes, de tout et de rien, journal intime
lundi, 30 novembre 2009
Larmes de brume .

GERHARD RICHTER . VENEDIG ( Treppe ) .
Une lègère brume recouvre la lagune, cachant à ses yeux le Lido tout proche . Au loin, les pétarades de deux canots à moteur, ; un léger remous vient mourir à ses pieds qui se balancent dans le vide ; elle entend au loin les cris de pécheurs qui s'interpellent dans leur langue si particulière, propre à cette ville et ses environs, et dont elle a encore du mal à saisir toutes les nuances, elle, qui vient des montagnes, où l'on parle peu, et avec des mots qui râpent le palais . Elle n'a personne ici avec qui parler la langue de son enfance, le frioulani, car dans cette ville fière et héraltique, elle n'est rien, rien qu'une petite pouilleuse de treize ans, pauvre parmi les pauvres, venant d'une région où le seul destin est de quitter le pays pour aller gagner son pain ailleurs . Elle a beaucoup pleuré quand son père lui a dit qu'elle allait rejoindre Ida, la cousine, qui travaillait à Venise, et qui lui avait trouvé une place au palazzo Pesaro degli Orfei, chez Mariano Fortuny y Madrazo . Elle ne voulait pas quitter son village, Giais, dont elle connaissait chaque rue, chaque maison, surtout la via Umberto Saba, qu'elle empruntait chaque jour pour aller livrer le lait, et où elle croisait invariablement Angelo l'espiègle, aux yeux bleus comme la mer, qui ne manquait jamais de la taquiner, chaque fois qu'elle passait . Elle pense à lui ce matin, en regardant la lagune . Où est-il ? Est-il dèjà parti vers la Francia ? Il lui a tant parlé de ce pays où si l'on travaillait dur, on pouvait devenir riche, afin de revenir au pays les bras emplis de cadeaux, qu'il offrirait à ses parents, avant de leur demander sa main, à elle, un jour afin que jamais ils ne soient séparés, parce que c'était ainsi . Que font-ils Anna, Edera, Antonio, Yvetta, Angelo, Mara, Riccardo, Petro, Marcello, Catarina, Chiara, Lucchino et Ninna à cette heure matinale ? Ils dorment encore peut-être . Ses frères et soeurs lui manquent tant . Et la Mamma ? Elle doit dèjà avoir trait les deux vaches, et elle doit sûrement être en train de préparer la polenta-latte du petit-dèjeuner . A cette pensèe, sa bouche salive et les larmes montent . Pourquoi moi ? Parce que c'est ainsi a dit le père . Tu as douze ans, tu es l'aînée, et tu dois aller travailler . La cousine a dit que c'était une bonne maison, et que tu n'aurais à t'occuper que des enfants, ils sont deux . Le maître est très gentil, sa femme aussi, ; tu verras, tu seras bien là-bas, et la cousine nous enverra ton argent tous les mois, tu verras, tout ira bien, et puis Fortuny, et toi Fortunatta, c'est une heureux signe . Un an dèjà qu'elle a pris le train avec la cousine, un matin de janvier ; c'était la première fois qu'elle prenait le train, elle avait peur de tous ces gens qui la bousculait quand elle est arrivée dans la grande ville, si étrange, avec toute cette eau puante, partout, et ses maisons immenses ; elle s'est perdue plus d'une fois au début, tant les rues se ressemblent, mais elle a vite appris à se repérer, pour arriver près de ce jardin au bord de la lagune, son coin secret, où s'asseoir, près des escaliers, pour se reposer un peu, penser au pays, et pouvoir pleurer sa solitude, près des escaliers, des larmes de brume .
Ma grand-mère maternelle s'appelait Fortunata, et je crois qu'un jour, je me suis assise, près de ces escaliers, dans la brume qui enveloppait la Sérrénissime, face au Lido....
07:26 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (9) | Envoyer cette note | Tags : blog, écriture, de tout et de rien, textes courts, femmes, journal intime



